Grâce était connu pour son passage sur l’Isac. Un gué très fréquenté, situé à quelques centaines de mètres en amont de l’écluse actuelle de Melneuf, franchissait la rivière avant qu’elle soit canalisée.

Depuis la presqu’île Guérandaise c’était, par la route, le premier franchissement des rivières permettant de remonter vers la Bretagne.

La légende voudrait que ce gué ait été le passage des contrebandiers du sel, les sauniers (ou faux sauniers). Au bord du chemin, existait un important village qui peu à peu a disparu avec la montée de l’eau du bief dont l’étiage est passé à 1.40m au dessus de la cote initiale.

Notre Dame de Grâce était célèbre pour ses pèlerinages à la fontaine de Riavaux, où la vierge serait apparue à des enfants au IXème siècle (la Vierge a ri à Vau, tout près la butte du Val).
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Une chapelle construite vers le Xème siècle à l’emplacement de l’église actuelle rassemblait des pèlerins dont certains étaient célèbres:

  • Jean V duc de Bretagne, venu remercier la Vierge le 20 septembre 1420, sans doute à la suite d’un voeu fait au cours d’un emprisonnement à Champtoceaux.
  • Françoise d’Amboise, serait aussi venue, au cours d’un voyage de Blain à Rieux.

En 1793, pendant la révolution, à l’emplacement du bourg actuel existaient deux maisons couvertes en chaume et une bergerie aux cotés de cette chapelle dans laquelle se trouvaient trois statues en bois du XIV ème : N.D.de Grâce, Ste Anne et Ste Appoline (cette dernière a été égarée). Un retable se trouve au musée Dobrée à Nantes. La chapelle fut en partie détruite par un incendie, les statues furent vendues, comme bois de chauffage, à une personne qui les a pieusement cachées.

La paroisse de Grâce a été crée en 1845 par ordonnance de Louis-Philippe, notifiée par l’évêque de Nantes.

Le 12 janvier un curé y fut installé. La situation de ce dernier était bien précaire : presbytère inhabitable, une chapelle insuffisante et délabrée, puisque l’eau filtrait sur l’autel à travers les lambris, pas de sacristie, pas de cloche, puisque l’ancienne avait été envoyée à Savenay par les révolutionnaires pour être fondue.

En 1855, le conseil de fabrique (paroissial) votait le projet définitif de construction d’une église dont le marché de travaux, après bien des difficultés et vicissitudes, fut conclu fin juillet 1866, entre un architecte Blinois et une entreprise de St Nicolas de Redon. Les travaux durèrent deux ans, le clocher, faute de moyens, ne fut pas construit. L’aménagement intérieur, la fabrication des bancs et des autels latéraux terminés en 1875, l’église pouvait accueillir 450 personnes. Le curé Héry a réalisé l’autel de la Vierge et a participé à la fabrication des bancs et des confessionnaux.

Il fallu attendre le 29 septembre 1877 pour voir enfin le clocher terminé et ses quatre cloches carillonner.

Ce carillon continua de marquer les heures joyeuses et douloureuses du pays, jusqu’au 7 décembre 1944, durant la poche de Saint-Nazaire.

NDG - Clocher après bombardements photo DrénoCe jour là, après de nombreux bombardements par les américains, une averse d’obus plus violente, qui dura  trois heures, troua les murs, fit écrouler la moitié de la toiture de la nef et toucha le clocher. Le cadran de l’horloge traversa la place et la grosse cloche rendue inutilisable, le clocher restait suspendu dans le ciel  par quatre tiges de fer énormes ancrées dans la maçonnerie.

Après la  libération, une messe célébrée dans les ruines de l’église, le 13 mai 1945, rassembla les paroissiens rescapés et ceux qui avaient pu rentrer au pays.

La démolition de l’édifice commença en 1949. La flèche du clocher fut jugée dangereuse, et un tracteur de l’armée américaine, au moyen d’un filin, la tira vers le sol, mutilant un peu plus le clocher, dont les trois cloches rescapées avaient été préalablement démontées; la plus grosse des trois, dont les oreilles de fixation étaient brisées, tomba sur un tas de gravats et se fendit un peu plus. Elle faisait 1200 Kg et fut envoyée à la fonderie.

NDG - Démolition flèche clocher

L’Eglise provisoire :

Des bâtiments en bois montés à Savenay par les anglais, pour y loger les troupes en 1940, étaient disponibles. Le démontage de deux éléments par les artisans de Notre Dame de Grâce, ont été réassemblés sur le terrain, où aujourd’hui, est situé le parking derrière l’église.

Un bâtiment de vingt mètres de long par huit de large se trouva rapidement  bâti, permettant d’accueillir les paroissiens pour toutes les cérémonies religieuses. Un clocher fut érigé indépendamment, sur le coté. Les cloches épargnées par les obus furent électrifiées et motorisées avec du matériel provenant  de la démolition d’une église de Saint Nazaire.

L’ensemble des bâtiments fut mis en service le 15 août 1945 et a servi d’église jusqu’au 2 juin 1952.  Après quoi elle fut désaffectée et  servit de salle de théâtre et de cinéma paroissial, puis démolie au cours des années 1959/60.

NDG - Eglise provisoire

NDG - Clocher provisoire

A noter que la cloche brisée, refondue à Annecy en compagnie de celles de Guenrouët, après une cérémonie de bénédiction le 25 octobre 1948, prit une place avec ses soeurs dans le clocher provisoire.

L’église actuelle :

NDG - Reconstruction 8A25En 1947, le conseil municipal commença à se préoccuper des églises de la commune, toutes deux touchées lors de la poche de Saint Nazaire.

Notre église paroissiale trop touchée par les obus, fût jugée irréparable lors la venue à Nantes du ministre de la reconstruction (un délégué se déplaça sur les lieux).

Les travaux de démolition commencèrent en 1949.

A la fin de l’année 1950, les plans acceptés, la reconstruction de cette nouvelle église commença.

Les travaux furent rondement menés. La première pierre fut posée, le 2 mars 1951. Sous cette première pierre, située à droite dans le choeur et au pied de la fresque, un cylindre métallique renfermant les documents récupérés de l’ancienne église démolie, auxquels ont été ajoutés la  narration des tribulations vécues et les noms des contemporains de cette nouvelle histoire.

NDG - Pose première pierre 1951 28 03

Le 2 juin 1952 restait les finitions intérieures. Les vieux bancs et chaises étaient tout justes assez nombreux pour accueillir la foule des paroissiens et voisins, venue avec les personnalités civiles et religieuses, participer à sa consécration par Monseigneur Villepelet, alors évêque de Nantes.

Mgr Villepelet

NDG - Devant l'église 02 06 52

 

 

 

 

 

 

NDG - L'eau bénite

NDG - Célébration messe 2 06 52

Les caractéristiques de cette église :

Le fronton extérieur sculpté d’après les propositions du chanoine Bouchaud, par Monsieur Mazuet professeur de l’école des Beaux Arts de Nantes, représente l’Assomption de la Vierge et son couronnement.

NDG - Construction Eglise 11

Les vitraux ont été réalisés par le Maître verrier Gabriel Loire de Chartres.

NDAME

FRESQUE ND GRACELa fresque qui occupe le fond de ce choeur, derrière l’autel, a été réalisée par le Chanoine Pierre Bouchaud, (issu d’une famille d’artistes nantais) professeur à «l’Externat des Enfants Nantais». La peinture a été réalisée sur de la chaux fraîche étalée, et peinte selon la technique de la fresque italienne.

Elle représente la Vierge venant dans un pays rural dont les fils travaillent  la terre, font les semailles, et après avoir récolté les fruits de la terre, les offrent à la Vierge qui les protège et leur distribue des grâces sous forme de fleurs.

L’artiste préparant son œuvre avait réalisé des photos de ses élèves, leur faisant prendre des poses diverses. Ce sont ces collégiens qui figurent sur la fresque. Parmi eux, quelques jeunes de la commune y figurent. Le travail a été effectué pendant les vacances de son réalisateur et terminé en le 14 août 1956.

Cette fresque a été réalisée en plusieurs campagnes, que l’on  peut distinguer par les raccords à la surface de l’enduit.

Elle mesure à la base 8.25m pour une hauteur de 9.35m.

Le Chemin de Croix :  Ses quatorze stations, réalisées par le même artiste, ornent les bas cotés des arcs formant la structure du bâtiment.

Les sculptures ont été réalisées dans de l’enduit frais, à l’aide d’un couteau de cuisine, d’une cuillère et d’une fourchette. Les stations représentent la condamnation à mort du Christ, la montée au calvaire, jusqu’à la mise au tombeau. Les personnages, modernes, sont comme pour la fresque représentés, en majorité, par ses élèves.

Bien regarder les deux petites filles de la VII ème station, au pied du clocher: ce sont les deux enfants du maçon qui venait lui aussi, durant ses vacances, préparer l’enduit et l’appliquer. Pour ceux qui ont connu les petites à cet âge, elles sont étonnantes de ressemblance !

Les textes sont de l’académicien Paul Claudel.

Les cotés du choeur:

Toujours par le même auteur, suivant le même technique: la représentation de scènes  de la vie de la Vierge.

Les deux statues du XIVeme siècle

  • Notre Dame de Grâce , patronne de la paroisse. (XVème siècle), repeinte par Jean Fréour sculpteur à Batz-sur-mer.
  • Sainte Anne, ou plutôt une Sainte Femme (XIV ème siècle) provenant d’une « Mise au tombeau » ?

Ces deux statues placées initialement dans les niches de la fontaine, puis dans l’oratoire de Riavaux où elles accueillaient les pèlerins, ont été ramenées, la première d’abord dans l’église provisoire, la deuxième est restée dans l’oratoire. Les deux vierges on ensuite été placées de chaque coté de la nef, à l’entrée du chœur. A noter que sous la dalle située au pied de la vierge, l’abbé Blanconnier, est enseveli. Le curé reconstructeur de l’église, artiste dans l’âme, s’était beaucoup impliqué, tant sur le projet architectural, que pour la décoration : vitraux, fresque…

Vierge ND de Grace 2

NDG - 25 ans de prêtrise curé Blanconnier

Les statues des autels latéraux 

Statue en bois ND de GraceOeuvres de l’artiste nantais Jean Fréour:

  • La VIERGE  présentant son fils est en tilleul
  • Sainte ANNE réalisée en chêne
  • Saint JOSEPH, le charpentier avec Jésus dans ses bras, étonnante de réalité.

Le dernier autel n’a pas reçu sa statue : ce devait être Sainte Thérèse. Notre curé est-il décédé trop vite ? Y a-t-il eu désaccord entre l’artiste et son commanditaire ?

Les Fonds Baptismaux :  font le pendant avec l’entrée du clocher dans l’église. Ils sont un peu en dégâts aujourd’hui, mais une luminosité extraordinaire  les emplit toute la matinée.

Le polyphone: (rescapé de la vieille église) acheté d’occasion en 1876 aux Ets Beuchet-Debierre à Nantes fut  transporté une veille de Noël et devait être mis en service pour la messe de minuit. D’abondantes chutes de neige retardèrent le commissionnaire qui dût faire tout le trajet à pieds, au coté de son cheval, le retenant par la bride pour l’empêcher de tomber. A intervalles plus ou moins régulier, le voiturier devait «débotter» les sabots du cheval (les siens aussi). L’attelage arriva sur la place de l’église au moment où les paroissiens sortaient de la cérémonie… Le commissionnaire, en plus d’avoir ses semelles de sabots usées, était  vexé de son retard. Il reprit du moral lors de la messe de onze heures, au cours de laquelle l’instrument accompagna les chants traditionnels  de Noël.

Le bourg de Grâce est devenu «Notre Dame de Grâce» au milieu des années 1950.

Sources : Bulletins paroissiaux 1911, 1947, 1954, etc.